MAG' | MEDIA | BOUTIQUE

Nadia Remadna, une mère en brigade

« Si nous n’agissons pas, nous nous préparons à une guerre civile » 

Nadia Remadna est une femme en colère mais une colère constructive et créative. Pour assurer une action concrète au sein des quartiers qu’elle veut aider, elle a fondé la Brigade des mères. Avec un groupe de femmes, elle agit auprès des familles exposées à l’échec scolaire, mais aussi auprès des femmes victimes de violence conjugales ou encore des jeunes livrés à eux même faisant le lit de la radicalisation. Nadia Remadna écoute et accompagne pour que les quartiers sortent de la stigmatisation sociale. 

     Comment est né votre mouvement ? 

J’ai toujours été militante. Je me suis longtemps battue pour les mal logés, pour les « sans papiers » et le droit des femmes dans les quartiers. J’ai été témoin, un jour d’une échauffourée entre deux quartiers très durs issus de deux villes différentes. J’avais appelé la mairie qui ne pouvait pas intervenir car il ne s’agissait pas d’un quartier ZUP (Zone Urbaine Prioritaire). Déjà une semaine auparavant, un jeune de 17 ans était mort. Face à cette incapacité administrative et à mon ras le bol de voir des enfants s’entretuer, j’ai contacté les associations des villes pour qu’ils organisent en urgence une médiation avec les jeunes. J’ai alerté un maximum d’institutions pour qu’elles prennent conscience des besoins. Et c’est ainsi que nous avons créé « La brigade des mères ». 

    Quelle est votre histoire ? Comment êtes-vous arrivée à vous engager comme vous le faites ? 

Je suis travailleuse sociale. J’étais médiatrice durant plusieurs années. J’ai toujours travaillé sur le terrain. Je m’apercevais qu’il y avait de plus en plus d’injustices et de violences. Je voyais bien que les droits des femmes n’étaient pas respectés. Il existe de nombreuses lois en France mais qui ne sont pas appliquées. J’ai voulu comprendre. J’ai fréquenté le milieu politique et j’ai fait une analyse de terrain qui a donné naissance à mon livre Comment j'ai sauvé mes enfants. Je me suis dit que seuls les citoyens avaient le pouvoir de changer quelque chose et particulièrement les mères. Elles sont malheureusement les premières concernées dans la douleur et dans l’humiliation. C’est toujours plus les femmes qui sont confrontées à la difficulté d’éducation. J’en avais marre d’entendre dire que les mamans, dans les quartiers, étaient démissionnaires. 

     Quelles sont les inquiétudes de ces mères ? 

C’est quelque chose qui a changé. Il y a 10 ans les mères s’inquiétaient de voir des mauvaises notes sur les matières principales à l’école. Aujourd’hui, nous sommes beaucoup plus inquiètes de la grande violence, de la délinquance. Nous sommes beaucoup plus angoissées par la montée de la radicalisation.